MOTS DE TÊTES 
Acryliques et textes


« Prisonniers de leur enracinement, des figures anthropoïdes contemplent avec étonnement, de leurs regards lunaires, un monde où toute communication semble devenue impossible. A quoi sert le corps dans un monde sans étreinte ? Ce n’est pas l’éphémérité du plaisir qui rend coupable mais le désir de connaissance et d’évasion qu’il génère. N’y aurait-il que l’amour et la poésie pour donner une chance à la vie ? » 


         
Extraits...


Le silence est le privilège de ceux qu’il n’effraie pas


On croit souvent qu’il suffit de ne rien dire pour ne pas déranger
Mais que faire du silence
Miroir de nos angoisses
qu’on voudrait voir brisé
en mille éclats
de voix
Le silence indécent qui attise nos doutes et réveille nos peurs
On croit à tort qu’il suffit de ne rien dire pour ne pas déranger
Mieux vaut peut-être parler pour ne rien dire
Parler du temps qu’il fait fait oublier le temps qui passe


Tant de nuits à attendre le jour
Tant de jours à n’attendre plus rien
qu’un coucher de soleil qui annonce la nuit
S’endormir
Avec pour seul projet
De s’éveiller demain



Il n’y a que là où l’on peut se perdre
qu’on garde une chance de se trouver





CHEMINS INDECIS
En collaboration avec le peintre felip COSTES pour la partie picturale (encres)



« Chemins indécis » est le fruit d’une rencontre entre deux artistes de sensibilités proches qui, conscients de la nécessité du regard de l’autre comme facteur d’introspection, ont choisi de confronter leurs formes d’expression respectives. Des allers-retours entre deux univers dans le respect de l’identité de chacun. Une trace comme une évidence dans ces chemins longtemps indécis… 


         
Extraits...


J’aimerais parfois être ce trait sur une page blanche. Né du geste précis de l’artiste, et rester là, figé derrière la vitre, libéré du désir et de toute forme de songe. Comme ces fleurs qui ne meurent pas, car peintes sur la toile. Comme ces corps qu’on a aimés et qu’on range, sublimés, au fond de nos mémoires, bien à l’abri des outrages du temps.

J’aimerais parfois être ce trait sur une page blanche
Ce trait net et précis issu du geste de l’artiste
un trait définitif
Être enfin libéré des contraintes du libre choix
J’aimerais parfois n’être qu’un brin d’herbe caressé par le vent
une fleur de tournesol soumise au rythme lent et la course monotone d’un vieil astre arrogant dans le ciel estival
Être ce rocher rouge chahuté par la mer
un caillou du chemin…
 

Une trace oubliée sur la toile
L’empreinte d’un souvenir que l’on ne peut nommer
 
Une ombre d’encre noire…
Comme un voile léger sur le sein d’une femme
 
La trace du pinceau…
Comme un œil amoureux qui caresse une peau





VELLEÏTE DE CREATION DU MONDE, DIVERSES TENTATIVES VAINES
Acryliques et techniques mixtes sur matériaux composites




« Tenter de repeindre le ciel », c’est ce que nous propose Yves ALLEAUME dans son exposition «Velléité de création du monde, diverses tentatives vaines… »
Dans ses compositions abstraites et dans les textes à l’humour volontairement provocateur qui les accompagnent, Yves Alleaume, sans aucune ambition d’apporter des réponses, se pose la question de l’utilité de l’artiste et de son œuvre dans le monde d’aujourd’hui « où tout semble avoir déjà été fait».
(L’Hebdo, février 2006) 



          Extraits...


Un jour de pluie
Tenter de repeindre le ciel
trop humide pour que la peinture tienne
Alors se contenter de rêver la lumière
Et puis rentrer chez soi et s’accroupir sous le plafond trop bas

Alors se dire…

Puisque l’on n’a plus rien à perdre que le désespoir, pourquoi ne pas tenter de tout recommencer.

Ne changer même qu’un petit rien
rien d’autre qu’un petit rien sans importance
mais qui suffit à donner l’idée de quelque chose

Prendre le risque d’inventer et déchaîner la colère des serviteurs de Dieu. Faire un peu d’ombre au Créateur au risque de finir sur un bûcher.
Est-il moins judicieux de mourir pour une idée que pour un paradis hypothétique ?





Quelques courts textes issus de je ne sais où...

…………
J’ai longtemps cru qu’il suffisait de dire pour devenir poète
Mais…
On n’est pas musicien en alignant des notes…
 
Il en est de la poésie comme de la peinture
Il y a des poètes en bâtiments comme il y a des peintres en bâtiments
qui peignent les murs pour faire joli quand d’autres peignent comme ils respirent
Ils assortissent leurs mots à la couleur du papier peint
Soucieux qu’ils sont de cette harmonie fade
qui n’offre pour projet que les bras de Morphée
Leurs quatrains sont remplis de ce charme désuet
qui berce notre ennui, apaise nos esprits et affadit nos plats
Quand leurs trop chastes muses les attirent dans leurs draps
c’est pour leur chanter d’insipides berceuses
Les vieilles muses fatiguées
aussi usées que les mots qu’elles inspirent
n’aspirent plus qu’au repos
Car elles le savent au fond d’elles-mêmes
que la poésie n’est pas dans le poème…
Qu’il faut plus que des mots pour devenir poète
 
et que…
 
la poésie commence dans le silence qui suit les mots.


________________

Tu t’endors sur tes phrases comme sur des filles sans joie
Tu craches tes mots dans des ventres sans vie
Tu as cessé de jouir depuis qu’un jour de désespoir
Tu as troqué contre des mots ce qui restait de ton désir
 
Poète…
te laisse pas ronger par tes vers
avant d’être allongé dans ton tombeau…
 
_________________
 
Il a beau regarder les « petites gens » d’en haut
celui qui travaille de sa tête
est toujours en dessous
de celui qui travaille du chapeau
 
_________________
 

Dans leurs caveaux étanches
sous les pierres  érodées par des larmes de veuves,
les morts pleurent de douleur
Corps desséchés
doublement inutiles
de n’avoir pas nourri la terre qui les accueille
comme ils n’ont pas nourri de leur mémoire
ceux qui les ont mis là
Sagesse vaine de ceux qui ont vécu
et qui partent sous des larmes d’apitoiement sur soi
Ce n’est pas l’absence qui crée le vide
mais les instants manqués
à tout jamais perdus
 
____________________


Sur le chemin des marcheurs solitaires
je promène ma solitude désincarnée
au milieu d’autres transparences
en quête d’un regard pour rompre le silence
combien de rêves inachevés par faute de partage
se sont perdus dans les méandres de l’oubli

Je me souviens des jours où j’attendais le soir
Assis sur un banc de trottoir
Dans l’espoir d’un regard
 
On voit beaucoup plus loin lorsqu’on regarde ensemble
 
________________


Tombé en amour
comme une feuille
sur un trottoir d’octobre
et s’endormir
le cœur jauni
sur un pavé d’indifférence

 
________________
 
Rallumer la lumière
pour tenter d’apaiser la douleur des pensées
que la nuit rend insupportable




Quelques propos en vrac...

Il est des jours où il fait tellement froid que même le ciel se couvre
 ____________________
J’ai longtemps cru qu’il suffisait de regarder pour voir

________________
 Ne plus rien dire de crainte d’user les mots
_________________
Ce n’est pas facile de trouver des mots qui réchauffent quand on écrit sur du papier glacé
 _________________
Connaître un jour le sens de sa vie pour n’être pas toujours à contre-courant.
 ________________
Aucune terre n’est étrangère quand on l’aborde sans drapeau
 ___________________
 Dans sa nuit silencieuse, ses yeux qu’on croyait mort, trouvaient encore la force de fabriquer des larmes.
 ________________
 L’Enfer, c’est vivre l’Eternité dans le Paradis des autres

________________
 De deux troubles amoureux surgit la transparence…
 ________________
 Entre deux mots, ne pas choisir le moindre
 ________________
 Combien de larmes d’enfants devront être versées pour faire germer les graines d’espoir que leurs mères ont plantées.
________________

 Un poème n’est rien d’autre qu’un problème débarrassé de quelques consonnes superflues….